Quand le corps dit “je n’ai pas envie de manger”… mais que ce n’est pas le corps qui parle

Dans mes consultations, il y a une phrase qui revient souvent.

Elle arrive avec un soupir, une lassitude, parfois même un peu de honte :

« J’ai la flemme de cuisiner… je n’ai pas envie de manger. »

Et pourtant, ce sont des femmes qui souffrent de surpoids, qui vivent des compulsions, des craquages, des soirées où elles mangent trop — mais qui, paradoxalement, passent la journée presque sans se nourrir.

Alors je leur explique les bases physiologiques, biologiques, hormonales.

Je leur montre comment la sous‑alimentation entretient le surpoids, comment le corps se met en mode survie, comment les compulsions du soir sont la conséquence directe d’un corps affamé.

Elles comprennent. Elles acquiescent. Elles voient la logique.

Mais rien n’y fait.

Elles n’arrivent pas à cuisiner.

Elles n’arrivent pas à se préparer trois repas.

Elles n’arrivent pas à se nourrir régulièrement.

Et c’est là que commence le vrai travail.

Parce que ce refus de se nourrir n’est pas un problème de motivation.

Ce n’est pas un manque de volonté.

Ce n’est pas de la flemme.

C’est quelque chose de beaucoup plus subtil, plus profond, plus ancien.

Ce refus de se nourrir est un langage émotionnel

Chez beaucoup de femmes, la difficulté à se nourrir est le symptôme d’un vécu intérieur qui n’a jamais été nommé.

Voici les causes que je rencontre le plus souvent :

1. Le corps qui a appris à se faire petit

Certaines femmes ont grandi dans des environnements où elles devaient se faire discrètes, ne pas prendre de place, ne pas déranger.

Manger, c’est exister.

Cuisiner pour soi, c’est se reconnaître.

Alors leur système nerveux associe inconsciemment le fait de se nourrir à « prendre trop de place ».

Elles s’effacent jusque dans l’assiette

2. La croyance profonde de ne pas mériter de soin

« Je m’occuperai de moi quand j’aurai perdu du poids. »

« Je mangerai mieux quand je serai quelqu’un de mieux. »

« Je ne mérite pas qu’on prenne soin de moi… alors moi non plus je ne le fais pas. »

Ce sont des phrases que je n’entends pas toujours à voix haute, mais que je perçois dans les gestes, les silences, les habitudes.

Ne pas se nourrir devient une manière de confirmer une croyance douloureuse : je ne mérite pas de me traiter avec douceur.

3. La peur de ressentir

Manger régulièrement, c’est ralentir.

C’est se poser.

C’est revenir dans son corps.

Pour certaines femmes, revenir dans le corps signifie revenir dans des émotions longtemps enfouies : tristesse, solitude, colère, fatigue, manque.

Alors elles évitent le rituel du repas pour éviter la rencontre avec elles-mêmes.

4. Le conditionnement du “je tiens, je gère, je serre les dents”

Beaucoup de femmes ont développé une endurance émotionnelle impressionnante.

Elles tiennent tout : le travail, les enfants, la maison, les obligations.

Elles se sont habituées à fonctionner en mode survie.

Dans ce mode-là, manger n’est plus un acte de soin, c’est un détail secondaire.

Le corps passe après tout le reste… jusqu’au moment où il réclame violemment ce qu’il n’a pas reçu.

5. Le lien entre sous‑alimentation et compulsions

Quand le corps manque de nourriture, il active des mécanismes de compensation puissants :

– augmentation du cortisol

– dérégulation de la leptine et de la ghréline

– recherche urgente de sucre et de gras

– perte de contrôle en fin de journée

Ce n’est pas un manque de discipline.

C’est une réponse biologique à une privation émotionnelle et physiologique.

Ce que je leur dis toujours

Ce n’est pas votre flemme.

C’est une histoire intérieure qui demande à être entendue.

Quand une femme n’arrive pas à se nourrir, je ne lui parle pas d’abord de recettes ou de plan alimentaire.

Je lui parle de son rapport à elle-même.

De son droit à exister.

De sa valeur.

De son corps qui mérite de recevoir, pas seulement de donner.

De la permission de se nourrir sans culpabilité, sans justification, sans condition.

Parce que la guérison commence le jour où elle comprend que manger n’est pas un acte banal.

C’est un acte de présence.

Un acte de dignité.

Un acte d’amour envers soi.

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Mon métier de psychopraticienne, simplement expliqué